Pourvoirie du Camp Lajoie

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L’AUBERGE DU CAMP LAJOIE
CAMP’S LAJOIE LODGE
Lac Lajoie, Canton Cousineau,
Saint-Donat de Montcalm
Québec, Canada

En l’an 1948, Gilberte Lavoie, fille de Louis Omer de Armandine ‘’Mandine’’ Simard et Roméo Sigouin, fils de Phédéas et de Marie-Emma Lafleur achètent de Omer Tellier, domicilié à Saint-Michel des Saints, le fonds de commerce et le bail de l’AUBERGE DU CAMP LAJOIE, un camp de chasse et pêche. Ledit bail avec le ministère est d’une durée de 10 ans renouvelable de 10 ans en 10 ans.
Le fonds de commerce comprenait un bâtiment principal (bar, salle à dîner, cuisine et quatre chambres pour les propriétaires et employés) de même que cinq chalets, 2 pouvant loger 8 à 10 personnes, un moyen pour 6 personnes et deux petits pour 4 personnes de même qu’une vieille glacière ainsi qu’une dizaine de chaloupes.
La clientèle était américaine dans une proportion de soixante pour cent (60%).
La pourvoirie était située au Lac Lajoie à environ (15) kilomètres du village de Saint-Donat et pour s’y rendre jusqu’en 1955, il fallait emprunter la chaîne des Lac Pembina, Arun, Provost et finalement le Lac Lajoie. Mes parents ont acheté une embarcation d’environ six mètres (6m) qu’on appelait le ‘’yacht’’ pour communiquer de chez Monsieur Joseph Poudrier du Lac Pembina au Lac Lajoie.
On attachait à la queue leu leu, cinq à six chaloupes (des verchères de chez Monsieur Berthiaume) à l’arrière du ‘’yacht’’, et c’est ainsi qu’on transportait clients, vivres et bagages. Le trajet durait une bonne heure et l’ambiance était déjà à la fête. Par chance, il n’y a jamais eu d’accident.
Une année typique au Camp Lajoie débutait au mois de février par un trajet d’environ deux (2) heures en raquettes, de chez Armand et Jacqueline Aubin avec vivres et vêtements pour deux (2) semaines.
Il fallait vérifier et déneiger les camps puis on faisait de la glace pour la future saison de chasse et pêche. Après avoir déneigé une partie du lac, on creusait un trou et puis avec les ‘’godendarts’’ à glace on dessinait des carrés de glace qu’on enlevait avec des pinces pour ensuite les tirer jusqu’à la glacière où on les enterrait de brins de scie : la glace durait ainsi jusqu’à l’automne. C’était tout un travail.
Puis, dès que la température le permettait, en avril ou en mai, c’était le grand ménage des chalets et le ‘’peinturage’’ des verchères qui étaient vertes avec une bande rouge. Des chaloupes, il y en avait une dizaine au Lac Lajoie et une trentaine dans les autres lacs de la pourvoirie. Habituellement, on finissait par le petit Lac Pembina, c’était l’endroit où il y avait le plus de neige.
Par la suite, en montant vers les Lacs, on nettoyait les ‘’trails’’ à la faux. Il n’y avait aucune route, rien que des sentiers pédestres.
Pour la pêche, on traversait le Lac Lajoie à la rame, puis on se dirigeait vers les Lacs, soit le Bois-Franc, le lac aux Rats, le Petit Camille, le lac Clair (Herman), le Trap à L’Ours, le Tête du Pembina pour la truite rouge et vers les lacs au sud-ouest du Cyprès pour les fans du brochet, entre autre au Lac Rocher Blanc.
Tante Armande Lavoie, épouse de Wellie Ritchie a été la principale collaboratrice de ma mère Gilberte à la cuisine. Il y avait un très gros poêle à bois, un ‘’boiler’’ pour l’eau chaude, des frigidaires à glace et un grand garde-manger.
Le Camp Lajoie comptait au moins huit (8) employés, soit deux (2) serveuses à la salle à dîner, qui voyaient aussi au nettoyage des chalets, un ‘’showboy’’ pour le bois, le chauffage, la glace, les commissions, trois (3) ou quatre (4) guides de chasse et pêche selon le temps de la saison.
Nos principaux employés féminins furent Tante Armande Lavoie-Ritchie, cuisinière, Edna Chalifoux, épouse de Gaston Rivest, Jacqueline Charpentier, Lucienne Clément, épouse de Russel Aubin, Ninon et Christiane, une jolie Suissesse qui se baignait à ‘’poil’’.
Parmi les guides, il y eut entre autres, le Père Mailloux, un excellent moucheur, il fabriquait ses mouches et ses balles de fusil, Jean Beauchamp, Camille Charbonneau et le ‘’grand wind’’, Donat Robert.
En 1954-55, mes parents défrichent et ouvrent une route entre le Lac Provost et le Lac Lajoie, soit une distance d’environ cinq (5) kilomètres, tout un défi à l’époque pour une petite entreprise qui fonctionne six (6) mois par année.
Je me rappelle que nous allions à la messe du dimanche à la chapelle sur l’île du Camp Ville-Marie au Lac Provost lorsque l’achalandage le permettait.
Plusieurs noces eurent lieu à l’Auberge et lors des parties d’huîtres, on n’en passait pas deux ou trois caisses mais bien dix à douze caisses de ‘’caraquets’’. On venait d’aussi loin que Montréal pour festoyer.
Le dimanche, nous avions un avantage, les hôtels et bars de Saint-Donat étaient fermés sur ordre du Curé Sicotte. Nous, nous étions dans le Canton Cousineau et il n’avait pas juridiction. Ce qui n’a pas empêché Monsieur le bon Curé Sicotte de vilipender mes parents du haut de sa chaire.
Du bois et du ‘’naphta’’, on est passé au propane, puis on a fait installer le téléphone, deux grands, deux petits et six sur la même ligne. A tous les deux ou trois ans, mes parents faisaient ensemencer les lacs.
Nous avons eu une clientèle fidèle jusqu’à la fin.
Vers août 1965, alors que mes parents revenaient d’un tour de la Gaspésie, avec Jean Charrette et son épouse, ils eurent la surprise de voir une barrière qui bloquait la route vers l’Auberge à environ 200 mètres à l’intérieur du Parc. Il était 23 heures et la barrière n’ouvrait plus après 22 heures. Une chance que le gardien c’était mon oncle Willie, mes parents ont pu passer mais mon oncle a quand même eu une grande frayeur : Méo faisait 6’3’’, 250 livres et il a été quelques mois à prendre avec des pincettes surtout lorsqu’il prenait un ‘’petit blanc’’.
Le parc fit construire des routes, et en 1966, de 8 chaloupes sur le Lac aux Rats, on est passé à 30 ou 40 et ainsi de suite de lacs en lacs.
En ouvrant les lacs directement à l’automobile, en mettant des horaires à l’entrée d parc, ILS ont fait mourir l’Auberge à petits feux pour finalement l’exproprier pour une bouchée de pain durant l’hiver 1966/67.
Il m’a été très pénible de vous livrer ce témoignage sur L’Auberge du Camp Lajoie, j’y ai passé les seize premières années de ma vie.

Auteur : Raymond M. Sigouin